À quel âge un enfant peut-il être entendu par le juge aux affaires familiales ?
Le flou persiste, mais la parole de l’enfant a sa place dans la procédure.
Une question récurrente dans les divorces et les séparations
Lorsqu’un couple se sépare, les enfants deviennent souvent les premiers concernés. Le code civil prévoit que tout mineur « capable de discernement » peut être entendu par le juge aux affaires familiales.
Mais que signifie réellement ce discernement ? Et à quel âge un enfant est-il jugé capable de s’exprimer librement devant le juge ?
À Strasbourg, les demandes d’audition d’enfants ont augmenté de près de 30 % ces trois dernières années, signe que la parole des jeunes occupe désormais une place centrale dans les affaires familiales.
Le discernement, une notion laissée à l’appréciation du juge
La loi ne fixe aucun âge minimum. En pratique, la plupart des juges considèrent qu’à partir de 9 ou 10 ans, un enfant peut être entendu, à condition qu’il en exprime le souhait et qu’il soit en mesure de comprendre les enjeux de la décision.
« Ce n’est pas une question d’âge, mais de maturité ».
Dans certains cas, l’enfant de 8 ans pourra être auditionné par le juge s’il en formule la demande.
L’enfant peut demander lui-même à être entendu, par simple courrier adressé au juge.
Cependant, si le juge estime que l’audition risque d’être traumatisante ou inutile (par exemple en cas de très jeune âge ou de forte manipulation parentale), il peut la refuser par décision motivée, s’il estime qu’elle pourrait être contraire à son intérêt.
Comment se déroule l’audition ?
L’audition a lieu dans le bureau du juge, et n’est évidemment pas publique.
L’enfant est reçu seul ou accompagné d’un avocat spécialement formé à la défense des mineurs.
Le juge lui explique la procédure et veille à ce que l’entretien se déroule dans un climat bienveillant.
L’enfant n’est jamais contraint de choisir entre ses parents : il exprime seulement ce qu’il ressent, ses souhaits, son quotidien. Le juge reste libre de tenir compte — ou non — de cette parole dans sa décision.
Le juge prendra les déclarations de l’enfant en considération, mais elles ne déterminent pas à elles seules la décision finale. Ce qui prime, c’est l’intérêt supérieur de l’enfant, principe fondamental du droit familial.
L’enfant ne pourra donc pas « choisir » en se faisant auditionner.
Une parole de plus en plus prise en compte
Selon les statistiques du ministère de la Justice, près de 70 % des juges aux affaires familiales affirment que la parole de l’enfant influence désormais fortement leurs décisions.
Cette évolution traduit une volonté d’écouter l’enfant comme acteur du processus judiciaire, et non plus comme simple objet du conflit.
« Entendre un enfant, c’est reconnaître sa place dans la famille et dans la procédure ».
Dans les litiges afférents à la résidence et au droit de visite, cette audition apporte souvent un éclairage essentiel, surtout lorsque les tensions parentales empêchent toute communication.
Les précautions à prendre avant une demande d’audition
Avant d’évoquer ce droit devant le juge, il est conseillé de :
- Préparer l’enfant en douceur, sans pression ni influence, en lui expliquant les tenants et aboutissants d’une audition par le JAF ;
- L’informer que son rôle n’est pas de “choisir” et que seuls les adultes décideront (du lieu de vie, par exemple) ;
- Se faire accompagner par un avocat en droit des enfants, qui saura expliquer la procédure, le déroulement de l’audition, ses conséquences et protéger son expression.
Il est malheureusement fréquent qu’une partie tente d’“instrumentaliser” la parole de l’enfant.
En cas de manipulation évidente, le juge peut ordonner une enquête sociale ou une expertise psychologique, toujours dans l’idée de protéger l’enfant au cœur du conflit.
À retenir
- Aucun âge minimum n’est fixé par la loi, mais 9 ans reste un repère courant.
- L’audition est un droit personnel de l’enfant, exercé sur demande expresse de sa part.
- Le discernement dépend de la maturité de l’enfant et de sa situation.
- Le juge aux affaires familiales décide de la pertinence de la demande d’audition.
- Un avocat en droit des enfants à Strasbourg peut accompagner et sécuriser la démarche.
La parole d’un enfant n’a pas pour but de trancher le conflit, mais d’éclairer la justice.
En la plaçant au cœur de la procédure, le droit de la famille franchit une étape essentielle : celle d’une justice plus humaine, plus attentive et plus respectueuse du vécu des plus jeunes.


